Avec une industrie télévisuelle produisant environ 200 nouvelles fictions par an, le Japon est un marché qu’on peut sans risque qualifier de dynamique. Du coup, forcément, la concurrence est rude. Alors comment vend-on une série au public japonais ? Eh bien, principalement en liant le business de la télé à celui de la presse, de l’édition, de la musique… mais aussi les portables et internet. En fait, on ne vend jamais une série seule au spectateur, mais tout un univers médiatique.
– Se taper l’affiche
Commençons par le B.A.BA : tout dorama se doit d’avoir son site internet. Il semble impensable que le spectateur japonais ne puisse pas trouver, au minimum une à deux semaines avant la diffusion, un résumé, des informations sur le casting et, plus important que tout, un character chart représentant les relations entre les différents protagonistes.

Vous n’avez pas suivi de début de Gakeppuchi no Eri ?
Tout n’est pas perdu !

La photo de promo de GOLD s’est glissée
4 fois dans cette capture, saurez-vous la trouver ?
– Menu : édition
Car un grand nombre de séries, chaque saison, peuvent être des adaptations. Si le roman tient encore une place importante dans les sources d’inspiration (incluant le roman par portable, un phénomène qui n’a pas plus d’une décennie mais qui, dans un pays où la technologie s’est rapidement développée, a connu un énorme engouement), c’est sans conteste le manga qui prédomine sur le marché. Séries pour ados, séries sportives, séries policières, séries médicales, séries dramatiques… Tous les goûts sont dans le manga, et on peut donc y puiser de nombreux thèmes, quel que soit le public-cible.

Kaibutsu-kun, l’original et… l’autre original
– Copains copines
On l’a dit : le système télévisuel nippon repose essentiellement sur un bon casting, mélangeant habilement acteurs populaires et acteurs chevronnés (ce qui, hélas, ne revient pas toujours au même). Ces interprètes ayant la côte auprès du public, et particulièrement les jeunes adultes, ont souvent moins de la trentaine et des mensurations jugées impeccables. Aussi les trouve-t-on régulièrement dans des magazines spécialisés sur la télévision, ou dans la presse consacrée au divertissement, la mode ou la beauté.

Avec deux séries à l’antenne,
Yuriko Yoshitaka était la reine des couvertures cet été.
C’est précisément la raison pour laquelle les séries japonaises reposent autant sur leur casting :un acteur populaire fait tout. Et comme les artistes japonais ont eux-mêmes tendance à s’aventurer dans plusieurs domaines, les fans suivent sans problème. Untel a une émission hebdomadaire de radio ? Il a plus de chances de décrocher un rôle principal dans une série pour ados. Telle autre est l’effigie d’une marque de produits cosmétiques ? Parfait, on verra donc son visage partout.
– Musique, et que chacun se mette à chanter
Attention, de plus en plus fort : on peut vendre une série grâce à l’industrie du disque ! Pour les acteurs ayant également une carrière musicale, cela passe souvent par la sortie d’un single, coïncidant étrangement avec la date de diffusion du dorama. Les pros, pour ça, sont les acteurs masculins de l’agence de management « Johnny Jimusho » : ces bellâtres officient dans des boysbands particulièrement populaires, et ont systématiquement un single ou un album à promouvoir quand ils sont à l’affiche d’un dorama. Actuellement il ne se passe pas une saison sans qu’une poignée d’entre eux tiennent un rôle majeur dans trois ou quatre séries. Et c’est parfaitement rentable, parce que d’une part, l’acteur/chanteur fournit ainsi un générique à la série, mais en plus c’est la maison de disques qui paye pour la promo !

Unubore Deka, une affaire rondement menée…

Interprétation en live du générique d’Atami no Sousakan (TV Asahi)
sur le plateau de Music Station (TV Asahi)
– Quand yen a plus, yen a encore
Plus exceptionnellement, on trouve des opérations plus originales, en général liées à l’industrie agro-alimentaire, comme celle de MR. BRAIN qui a lancé un petit biscuit en forme de cerveau (il fallait y penser) censé améliorer les capacités de réflexion, des boissons estampillées au nom d’une série et/ou d’un personnage, etc…

Hm, qui veut de la cervelle au goûter ?
– Bilan comptable
C’est simple, mais il fallait y penser : promouvoir une série au Japon peut se faire à peu de frais, simplement en comptant sur les autres médias pour relayer les campagnes de communication, lesquelles relèvent avant tout d’une stratégie de maîtrise de l’ensemble des médias.
Le principe, c’est qu’une série télé ne se vend pas qu’à la télé, mais sur internet, dans la presse, à la radio… et que du coup, la production de la série ne dégage pas trop de frais de promotion, une grande partie étant amortie par les autres entités qui trouvent également leur compte dans l’affaire. Au Japon, tous les marchés du divertissement sont liés, de sorte que lorsqu’une chaîne veut promouvoir un dorama, il est absolument impossible de lui échapper !
Article également publié sur SeriesLive.com.