COVampires

2 octobre 2021 à 22:13

Le 1er octobre a marqué pour moi un anniversaire un peu particulier : cela fait 10 ans que j’ai laissé derrière moi « mes vampires« . A cette occasion, au lieu de laisser les fictions avec des vampires de côté comme je le fais d’ordinaire, j’ai décidé de m’y confronter.
Ce weekend, on va donc se lancer dans une rétrospective sur les vampires qu’on ne peut pas prendre au sérieux ! Depuis hier et jusqu’à demain, on cause donc dans cette rétrospective appelée Suckers de comédies et dramédies à base de vampires, et je vous prie de me croire, il y a de quoi faire.

Cette fois on se dirige vers le Japon, où un peu plus tôt cette année, la petite chaîne japonaise TOKYO MX a lancé une comédie du nom d’Aoki Vampire no Nayami, soit « Les soucis des vampires bleus ». Pourquoi bleus ? Eh bien c’est la couleur de l’immaturité, bien-sûr, et nos deux jeunes vampires, Sou et Aoi, ne sont pas encore des créatures de la nuit en pleine possession de leurs moyens.
La série démarre alors qu’en 2021… et arrêtez-moi si vous la connaissez déjà… une épidémie appelée COVID-19 a mis tout le pays a l’arrêt. L’activité reprend très progressivement, mais les choses semblent avoir changé à jamais. Le virus ainsi que les mesures prises pour le combattre ont altéré la qualité de vie des humaines, et par conséquent, celle des vampires. L’intrigue commence alors que l’approvisionnement en sang sain est encore très compliqué. Nos deux vampires bleus commencent à manquer de réserves…

Je vous avoue qu’une « série COVID » basée sur deux personnages de vampires, ça, même venant du Japon, je ne l’avais pas vu venir. Sans aller jusqu’à prétendre que c’est totalement inédit (par exemple environ trois mois avant le lancement d’Aoki Vampire no Nayami, un webdrama sud-coréen, Touch Me If You Can, avait mis en scène une succube rencontrant des difficultés semblables), mais enfin, ça reste quand même un synopsis de l’impossible à mes yeux. Qui pense à des histoires pareilles ? Qui se met à pitcher des trucs comme ça à une chaîne qui pourtant n’a pas beaucoup d’argent pour des fictions en live action ? De toutes les choses qu’on peut dire sur cette crise mondiale, vraiment ?!
…Sauf que bien-sûr, pas vraiment.

Le premier épisode d’Aoki Vampire no Nayami joue pleinement son rôle d’exposition, et nous raconte le quotidien des vampires par temps de COVID. La série a été lancée en février 2021, et elle est supposée se dérouler au même moment. Il n’y avait pas encore de campagne de vaccination, par contre, au Japon, l’état d’urgence avait été déclaré suite à une troisième vague particulièrement inquiétante. Aucun confinement au sens strict n’avait été établi, la population étant appelée à auto-réguler ses déplacements. Toutefois, un couvre-feu partiel imposait notamment l’arrêt de la vente d’alcool la nuit, incitant les gens à ne pas sortir le soir, et encore moins en état d’ébriété qui aurait augmenté les conduites à risque. Pas facile quand on tient un café de survivre dans ces conditions. Or, c’est précisément le gagne-pain de Sou et Aoi. Nos deux vampires servent à manger et à boire à une clientèle nocturne… et comme ils l’expliquent dans l’épisode, cela leur est possible parce qu’ils ne vendent pas d’alcool.
Sauf que l’établissement est maintenant désert, d’une part à cause de l’état d’urgence et de la méfiance pour les lieux publics, et d’autre part, parce que beaucoup de monde a perdu son emploi et que manger dehors est devenu un luxe. En fait, la seule clientèle de nos vampires tient dans 3 habituées qui ne sont là que parce qu’elles sont entretenues par des tiers : il y a un réalisateur qui passe son temps à écrire son prochain film (dont l’épouse travaille), un étudiant dont les cours ont été suspendus et qui se consacre entièrement à jouer de la guitare (mais qui survit grâce à l’argent de ses parents), et une jeune femme qui est en recherche active d’emploi. Dans une autre série, à une autre époque, tout cela serait très bohème… mais dans le cas qui nous occupe, malgré les dialogues qui essaient d’en rire un peu, c’est un peu déprimant.
Mais au fait, pourquoi deux vampires se cassent-ils le cul à faire tourner un café ? Depuis quand les vampires ont besoin d’argent ? Eh bien, depuis que le marché noir pour la vente de sang a explosé, par exemple. D’ailleurs dans le premier épisode de Aoki Vampire no Nayami, nos deux amis vont tenter de mettre un place un service supplémentaire au déjeuner, mais cela va bien vite tourner à la catastrophe.

L’enjeu principal d’Aoki Vampire no Nayami est donc de déterminer comment, en ces temps troublés, il est possible de se procurer du sang, et cela signifie souvent trouver de l’argent. Mais aussi, de faire appel à la débrouillardise. Et ça c’est intéressant.
Ainsi il y a deux autres humaines qui gravitent autour de nos vampires bleus. Taichi Kishioka, un ancien VRP qui a failli se suicider, mais que les vampires ont sauvé et qui est désormais à la fois leur livreur de café et de sang. Le problème étant évidemment que l’approvisionnement est difficile, et que le mieux qu’il puisse leur proposer, dans cet épisode, est une poignée de gélules de sang séché. Tant que les gens ne seront pas vaccinés, ça ne pourra pas s’arranger. Il y a aussi une jeune femme étrange du nom d’Osono, qui apparemment a l’habitude de se présenter chez des vampires pour se faire pomper un peu de sang (elle prétend que c’est le secret de son apparence juvénile) et à laquelle Kishioka fait appel. Elle vient rendre visite à Sou et Aoi dans ce premier épisode, mais manque de chance, ils sont trop « bleus » pour réussir à percer sa peau (Sou s’y brise même une dent !), et continuent donc leur famine.
C’est donc la galère de bout en bout, ce qui est dans l’esprit du temps. Sou et Aoi ont beau faire des efforts, ceux-ci s’avèrent toujours insuffisants, d’une part à cause des circonstances… vous savez, les CIRCONSTANCES ; et d’autre part, à cause de leur inexpérience.

Comme un peu toutes les comédies à base de vampires, Aoki Vampire no Nayami prend des libertés avec le mythe. Ce sont des choix qui sont toujours intéressants (par exemple les vampires de Vampiry Sredney Polosy hier étaient parfaitement capable de sortir la journée sans aucune difficulté), et ceux-ci ne font pas exception. Sou et Aoi sont par exemple capables de circuler dehors en journée, mais leur peau est sensible au soleil et ils portent donc, en plus de leur masque, des lunettes de soleil, des gants, des vêtements à manches longues, et même des parapluie. Le problème majeur qu’ils rencontrent au moment de leur tentative de servir le déjeuner au café est que, la journée, ils n’ont pas d’énergie : un vampire est supposé dormir à ce moment-là, et vivre plutôt la nuit. Ils manquent donc de s’évanouir de fatigue plusieurs fois, ce qui évidemment met un point final à l’expérimentation. Ils ne semblent pas non plus avoir de problèmes avec les croix (il y en a sur leur cercueils et Aoi aura une phrase étrange sous-entendant qu’il dort mieux avec une croix… on n’en saura pas plus).
Dernière incongruité : en cas de croc cassé, pas de problème ! Les dents des vampires repoussent ! …Voilà qui va bien m’aider à dormir, ça, encore.

Aoki Vampire no Nayami est déterminée à montrer ses vampires comme aussi inoffensifs que possible (d’ailleurs ils ont même besoin d’un livre pour apprendre comment saigner une victime !). Toutes ces variations n’ont pas nécessairement un intérêt mythologique… ou en tout cas, pas celui auquel on aurait pu s’attendre : les vampires auraient pu être assimilés à la maladie elle-même (ça a déjà été fait pour d’autres maladies, d’ailleurs), plutôt que d’en être des victimes. Ici dépossédés de tout pouvoir de nuisance, Sou et Aoi sont contraints d’attendre des jours (et des nuits) plus cléments. Comme nous.
C’est ce sur quoi repose toute sa métaphore sur notre impuissance face à la pandémie, et qui fait que, quand bien même on est supposées rire des tribulations de nos vampires, ça nous reste un peu en travers de la… gorge.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Tiadeets dit :

    J’avoue que le combo « vampire + COVID, mais juste sur la façon dont ça les met dans le dawa », je ne l’avais pas vu venir. J’aime beaucoup les concepts qui sortent et vont continuer de sortir de cette crise cela dit !

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