Tic tac tic tac

19 avril 2010 à 15:13

Le temps passé : ça fait 3 jours que l’enterrement a eu lieu. Ça fait 12 jours qu’elle est partie. Ça fait 14 jours que je ne lui ai pas parlé.
Mais surtout, j’ai l’impression que ma vie est centrée autour de la gestion du temps qu’il reste. Je m’en suis aperçue hier soir.

Hier j’ai pourtant passé une plutôt bonne journée, vu les circonstances. En fait, si on essaye de faire comme si vendredi ne s’était pas produit, ce que, soyons honnêtes, je me suis efforcée de faire ces deux derniers jours, c’était un plutôt bon weekend dans l’ensemble.

Samedi, je me suis levée tôt, je suis allée voir ma psy, j’ai fait mes courses, et j’ai cagoulé des videos de Jmusic une bonne partie de l’après-midi. Vient le début de soirée et sur le coup de 19h30, je me dis soudainement en levant le nez : tu peux pas laisser ce bureau comme ça. Pas si dans un avenir proche, il doit y avoir cet ordinateur dessus. C’est quand même son ordinateur, merde. Alors comme ça, juste comme ça, je commence une désinfection de tout le secteur du bureau, j’ai tout vidé, j’ai tout déplacé, j’ai tout nettoyé, j’ai tout décapé, j’ai tout briqué, j’ai tout trié, j’ai tout rerangé, et aux alentours de minuit, le dos rompu, enfin, j’avais fini. Même pas vraiment satisfaite de moi d’ailleurs. Mais bon, c’est un peu mieux comme ça. C’est pas Byzance mais je rangerai un autre coin de l’appart la prochaine fois, pour stocker des trucs qui actuellement sont sur le bureau, et ça fera de la place pour son ordinateur et ce sera mieux. Voilà, ça sera le programme du prochain weekend, tiens, faire la même chose dans l’armoire pour faire encore plus de place sur le bureau.
Finalement, tout va bien, je n’ai jamais passé que plus de 5h sur le nettoyage d’un bureau. Faut dire que j’ai passé des lingettes désinfectantes jusque sur les câbles de l’ordi, de la télé et du téléphone. Mais non je n’ai pas atteint un stade psychotique de mon deuil, mais non quelle idée.

Donc une fois que j’ai eu descendu les poubelles (descendre les poubelles à minuit et demi un samedi, rien de plus normal) avec tous les papiers que je garde pas (moi ! moi qui jette des trucs ! des papiers en plus !), j’ai même pas su m’arrêter, j’ai passé la serpillère par terre (et par serpillère je veux dire que je nettoie le sol à l’éponge comme dans un Dickens, Dieu merci je ne le fais plus à la brosse à dents depuis plusieurs années), j’ai changé les draps du lit, j’ai mis de l’encens à brûler, bon, ça sentait le propre, ça avait une gueule propre (du moment qu’on regardait pas dans l’évier parce que la vaisselle n’a pas eu l’honneur de tant d’attentions), mais rien à faire je n’étais pas satisfaite de moi. J’ai pris une douche avec un shampoing, et le temps que les cheveux sèchent, je me suis regardé deux épisodes de sitcom mais ça collait toujours pas. J’ai pas pris mes somnifères en me disant qui si mon dos éclaté ne me faisait pas m’évanouir, l’heure avancée (2h45 du mat, tout va bien) devrait quand même pouvoir s’en charger… J’ai dû fermer l’oeil vers 3h30, par là.

Le réveil était programmé pour 10h30 le dimanche ; à 10h15 je bondissais hors de mon lit, partais faire un complément de courses because rupture de stock de jus d’orange, revenais à la maison, et me recalais à nouveau devant des videos de Jmusic. Sur le coup de 18h00, tout d’un coup je me dis que je me lancerais bien dans une salve de lessives. Je descends à la laverie, une machine se libère dans les 10 minutes, je mets mon chargement en route, manque de bol l’autre machine est occupée, pas grave en attendant je nettoie la salle de bains, je fais un peu de vaisselle (juste un peu faut pas exagérer, je suis pas à ce point désespérée), je redescends pile pour la fin de ma machine, hop, lancement du séchage, je remonte, je prends une douche type décrassage intense de l’enfant sauvage (parce que non contente de prendre deux douches par jour en moyenne, il faut aussi que je me décrasse avec trois savons différents et un shampoing une fois de temps en temps, comme si j’étais la plus dégueulasse des créatures rampantes de la planète ; faudra que j’en discute avec ma psy à l’occasion, je suppose), le temps que les cheveux sèchent pouf le linge était sec aussi, résultat des courses il était 21h00 et yavait plus rien à faire (j’omets volontairement la vaisselle qui, bon, bah, c’est pas à ce point non plus hein). J’ai allumé un bâton d’encens et je me suis remise devant un écran, j’ai vaguement joué à deux ou trois conneries online, j’ai regardé des videos de Jmusic, ce genre de choses. Je suis allée me coucher vers 23h00, le cocktail de pilules censées être magiques et me faire dormir n’a fini par faire son effet que vers 1h30 du matin où j’ai eu la tête qui a vaguement tourné (c’est bien, 4 heures après la prise, quand même, belle performance), je me suis forcée à dormir et comme par miracle ça a marché, et ensuite, réveil le lendemain matin pour aller au boulot.

Si je raconte tout ça, alors que d’ordinaire j’exècre écrire des posts qui racontent de façon chronologique un évènement donné, c’est parce que tout d’un coup, hier, en remontant mon linge tout sec de la laverie, je me suis dit : t’as passé ton temps à calculer tout ce que tu faisais.  T’as plein d’équations toutes prêtes dans ta tête pour savoir ce que tu vas pouvoir faire en même temps qu’autre chose.
Un cycle du sèche-linge = douche + shampoing + temps de séchage. Le téléchargement d’une video de Jmusic = préparation du dîner. Plus fou, quand tu joues à des putains de jeu en ligne, tu calcules que dans 7 minutes tu pourras récolter tes patates, ou que dans 30 minutes ton personnage sera sorti de la salle de gym. Même dans les trucs censés être divertissants, tu es une machine à calculer le temps qu’il reste !

Le temps qu’il reste.
La formulation ne peut pas être innocente dans les circonstances actuelles, évidemment.

Avant, je n’étais pas comme ça. Pas avant, « il y a 12 jours », mais avant, « avant ». Avant que je me prenne ce crochet dans la mâchoire il y a quelques années. Avant, je m’en foutais, du temps. Ma mère me disait « va prendre ton bain parce qu’à 19h00 on dîne » ou « termine tes révisions parce qu’il ne te reste plus que 10 jours avans le bac » et je m’en battais royalement l’oeil parce que très franchement, ça viendra quand ça viendra. Bien-sûr que l’heure du dîner approche et faut pas s’inquiéter, mais je serai propre pour le dîner faut pas se mettre dans cet état-là, et oui, évidemment que le bac est dans quelques jours mais je serai prête ou je ne le serai pas, c’est pas maintenant que ça se joue mais ces trois dernières années.
Et c’était reposant de penser de la sorte. J’aimais cette forme de je-m’en-foutisme que j’avais vis-à-vis du temps. J’ai longtemps refusé d’apprendre à lire l’heure, je devais être sur la fin de l’école primaire, peut-être même le début du collège quand j’ai accepté d’apprendre. Regarder une montre, ça ne m’intéressait pas. D’ailleurs quand mes parents ont arrêté de me forcer à en porter une, je n’en ai plus jamais porté de ma vie.
Parce que mes parents semblaient passer leur vie à surveiller l’heure ; et je me disais, mais ma parole, ils ont un don pour se stresser pour des conneries. Le temps passe et on n’y peut rien, l’heure avance et c’est comme ça. Au pire je serai un peu en retard. Quel mal à ça ? Je ne vais pas me mettre la rate au court-bouillon pour une histoire de temps qui passe. Et du coup j’ai passé beaucoup de temps dans ma vie à être en retard à des rendez-vous ou en cours ou au travail, par refus de regarder l’heure. Finalement c’était une autre façon de regarder l’heure (ah tiens, il est 8h20 sur la pendule de la pharmacie et je suis encore dans le bus, je vais être à la bourre), mais quand même, je ne voulais pas que tout ça ait de l’importance, et ça en avait le moins possible.

Il y a quand même des choses plus graves dans la vie que cette angoisse permanente de ne pas être à l’heure pour le futur.

Mais voilà, aujourd’hui, j’ai changé, et maintenant moi aussi j’apprends à regarder l’heure, pas pour savoir l’heure qu’il est maintenant mais pour savoir le temps qu’il me reste avant que telle action soit finie, ou que tel évènement minuscile de ma vie se produise, comme la fin d’un cycle du sèche-linge.

Calculer le temps qu’il reste. Il faut que je m’ôte cette idée de la tête.

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1 commentaire

  1. Cédric dit :

    Bon je continue mes commentaires sans trop me poser de questions, juste parce que j’ai envie de t’en laisser ( j’espère qu’ils t’embêtent pas…de toute façon, je me dis que s’ils t’embêtaient tu ne les publierais pas, d’ailleurs j’insiste : si un de mes commentaires t’embête ne le publie pas ! )

    Bref voici mon commentaire du moment : merci pour les sourires qui se sont affichés sur mon visage à plusieurs reprises alors que je lisais ce billet ! Tu parviens à mettre de l’humour partout, même quand a priori le sujet ne s’y prête pas. C’est très agréable.

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